Accès Micro-Crédit Gaspésie

SUSHIS, KEYBOARDS ET FINANCES.

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Maire de Maria

M. Christian Leblanc

 

AMCG: D’où vient ton intérêt pour les finances?

CL:  Je devais être en 2-3 années du primaire.  J’avais économisé mes 5-10-20$. J’attendais un char téléguidé avec Distribution aux consommateurs, je me sens vieux quand je dis ça! J’attendais et ça ne venait pas. Finalement, je suis allé dans un magasin acheter des jouets.  À 8 ans, dans un magasin de jouets, il faut se laisser une chance !

Si je fais un saut dans le temps, je faisais de la musique pendant des années avec Pat the White, qui était ma principale source de revenus autre les prêts et bourses.

 

AMCG:  Pat the white de la micro le Frontibus?

CL: Oui c’est en plein ça. Étudiant et musicien, on s’entend que ça ne rime pas avec richesse!  J’avais payé 2500$ pour un clavier, et à un moment donné il a lâché. Heureusement, j’avais de l’argent de côté. Ça m’a permis d’en acheter un neuf et de continuer à jouer.

Avec le temps il y a de quoi qui s’est installé en moi, comme quoi c’était sécurisant d’avoir de l’argent de côté.

 

AMCG: Qu’est-ce que ça veut dire vivre selon ses moyens pour un individu ?

CL:  En bref, ça veut dire faire avec les revenus qu’on a, que les dépenses ne dépassent pas les revenus. Mea culpa : je ne fais pas de budget. Cependant, l’étape importante, c’est de noter les sorties et les entrées d’argent.  Aussi, on peut ajouter des catégories générales, au moins pour savoir où va l’argent.

Je me rappelle, j’avais déjà fait ça une fois en ville quand j’étais étudiant. J’aimais beaucoup les sushis. C’est un petit luxe les sushis et de mémoire, j’avais mis 100$ en une semaine !  À l’époque, c’était une fortune pour moi. Donc, je me suis dit que je devrais y aller un peu moins souvent.  Quand on voit notre argent qui rentre et ce qui sort, c’est plus facile de garder un certains contrôle. Ça évite de devoir s’endetter et vivre à crédit.

L’inverse du crédit c’est l’épargne, et à ce moment c’est important d’être bien informé et de connaître le risque des produits financiers.  L’autre défi c’est de savoir gérer l’épargne. Si je laisse « dormir » de l’argent, c’est un autre type de risque. Il est souvent avantageux, par exemple, de payer certaines dettes.

 

AMCG: Quel est ton opinion sur le crédit?

CL: C’est un outil qui peut être bon ou mauvais. Le risque, c’est de mal gérer une carte de crédit à 20% d’intérêt. Si je m’en sers pour mes dépenses courantes et que je paye mon compte avant la date d’échéance, 0$ d’intérêt, c’est pratique comme usage.  Cependant, ça peut devenir coûteux si je ne paye pas la totalité de ce que j’ai sur la carte avant l’échéance. L’intérêt en cours est chargé sur l’ensemble des achats, et non uniquement sur la portion qui reste à payer. En plus,  des frais peuvent s’ajouter si on ne respecte pas l’échéance ou le paiement minimum.

C’est une notion de base et il y en a d’autres! Je ne connais personne qui a lu son contrat de carte de crédit au complet!  Dans un monde idéal, on paierait toujours comptant, mais ce n’est pas toujours possible.  Pouvoir s’acheter une maison « cash », je ne connais personne qui peut faire ça.  Donc, l’usage du crédit peut être vraiment intéressant, mais il est important de le faire en connaissance de cause.

Le défi c’est d’avoir de l’accompagnement indépendant, d’être accompagné par un professionnel qui n’est pas là pour te vendre des produits (ex. courtier en assurances, conseiller financier). Ces intervenants peuvent être aidants dans le processus. Par contre, si on veut être indépendant et comprendre ce qu’on nous propose, l’important c’est de bien s’informer, de s’éduquer (lire, suivre des cours, oser poser des questions).

Quand je terminais ma maîtrise pour devenir conseiller d’orientation, j’ai suivi un cours planification financière intégrée. J’ai découvert que les finances personnelles, ça peut être beaucoup plus complexe que je le pensais (fiscalité, inflation, assurances, etc).  J’ai aussi suivi une formation avec le Mouvement d’Éducation de de Défense des Actionnaires (MÉDAC, fondé par Yves Michaud le « Robin des banques »). Ce cours était financé par l’autorité des marchés financiers (AMF).  Je trouvais que ce cours prenait la part de l’épargnant et non celle de l’industrie financière. J’ai voulu comprendre ça. Je me disais que ça pouvait être proche d’une information indépendante.

Si tu réussis à avoir un peu d’épargne et que tu veux placer de l’argent, demande à n’importe qui: ils auront tous de bonnes idées pour toi!  Car l’argent, il y en a beaucoup qui veulent leur part.  L’information indépendante est dure à aller chercher, et c’est ce qui m’anime.

 

AMCG: Quel est ton histoire financière? Ton plus grand succès, ta plus grande leçon?

CL:  Je te dirais que j’aurais aimé ça pouvoir acheter une maison il y a 10 ans ou il y a 20 ans, mais ce n’était pas possible à l’époque. C’est ce que j’ai fait lors de mon retour en Gaspésie quand je cherchais un logement. Il n’y avait rien à louer. J’ai donc trouvé une opportunité et j’ai acheté une maison mobile! J’adore chercher, trouver des opportunités, même si elles ne sont pas toutes réalistes pour moi.

 

AMCG: C’est pas très sexy une maison mobile.

CL: En effet ! Mais l’épargne non plus, ce n’est pas sexy.  J’ai habité là pendant quelques années, à moindre coût, puis j’ai vendu. Ça m’a permis d’avoir un « cash down » pour acheter un clavier, puis d’avoir une mise de fonds pour l’achat d’une maison neuve. Ça m’a permis de saisir certaines opportunités.  Avoir des projets, des rêves, ça donne un sens à l’épargne.

Si on parle d’échec, en revenant à mon enfance, le “sega master système” avec toutes sortes de jeux, j’étais dans ce magasin avec mon frère […] Si j’avais pu économiser ne serait-ce que 200$ et l’avoir placé, et de voir la valeur que ça aurait pu avoir aujourd’hui… Mais je n’ai pas de regrets tant que ça.

 

AMCG: Quel est le plus grand piège à éviter pour les finances personnelles?

CL: C’est de se croire à l’abri de problèmes financiers. Une erreur c’est de se dire combien ça coûte par mois au lieu de se dire combien ça coûte au bout du compte.  L’image clichée, c’est si quelqu’un veut s’acheter un pickup de l’année, avec des paiements à la semaine, les gens ne se disent pas qu’il y a 4,3 semaines dans un mois.  Donc ils ne voient pas l’appauvrissement que ça fait au bout du compte.

Aussi, quand tu payes avec ta carte, tu n’as pas l’impression de payer.  Un petit truc c’est de toujours se garder 20$ ou 40$ sur soi car on a plus l’impression de payer comme ça.  C’est des petits trucs pour être conscient de l’argent.

L’erreur c’est de ne pas s’intéresser aux finances.  C’est plus facile qu’on on pense de faire un tableau et de noter ce qui rentre et ce qui sort. Ensuite, on peut se demander : est-ce que j’ai les moyens ? Est-ce que je peux avoir une marge de manœuvre ? Au fait, économiser, c’est pour mieux dépenser plus tard !

Si je me retiens une fois de temps en temps d’aller au restaurant (je suis chanceux car ma blonde cuisine bien, je suis comme son assistant ! ) c’est quelques économies de plus qu’on met dans le « pot voyage » !

 

AMCG: Vois-tu un lien entre nos discussions sur l’épargne d’un individu et celle d’un travailleur autonome, d’une petite entreprise, d’une boulangerie par exemple?

CL: Si tu as des difficultés avec tes finances personnelles, je ne vois pas pourquoi tu serais meilleur en finances d’entreprise! Ça me paraît être un prérequis d’être à l’aise dans tes finances personnelles, car ça va être d’autant plus un défi en entreprise.

Les enjeux sont plus grands, chacun veut vivre, chacun veut sa “cut” ou son profit donc c’est un défi de gérer ça. Souvent ça commence par le crédit, et si tu ne comprends pas ce que ça te coûte, ça va être difficile d’être viable.   C’est n’est pas: plus tu travailles, plus tu es rentable.

Comptabilité de base, ça donne une liberté. On dit souvent qu’il faut minimum 3 mois de salaire de côté.  Je trouve que ça donne une liberté de choisir.  C’est fondamental le lien entre la liberté et les finances personnelles.  On peut embaucher un comptable ou un spécialiste pour bien s’entourer s’il le faut.

Au final on se prépare pour les imprévus autant que les opportunités.